Pierre Pelle,
« Aîné d'une fratrie de quatre enfants, Pierre Pelle, né le 16 octobre 1947, a vécu jusqu'à l'âge de 8 ans et demi au Maroc, successivement à Rabat, Casablanca et Fedala, au gré des mutations de son père, cadre d'abord dans une banque, puis aux Conserveries du Maroc. Sa mère se consacrait entièrement à l'éducation de ses trois fils et de sa fille.
[…] En 1957, les Pelle regagnent la métropole et s'installent à Nantes. Le père prend un poste aux Entrepôts Vinicoles de l'Ouest. II y restera jusqu'à son licenciement, en 1967, après la vente de l'entreprise. Un an de chômage plus tard, il retrouvera un emploi chez BBT, une société proche de Paris fabriquant des lentilles de précision. Et les Pelle déménageront pour Créteil.
[…] En 1968, à la Sorbonne, il participe «comme tout le monde » au mouvement étudiant, pour se défouler. « Je ne me prenais pas vraiment au sérieux. » L'année suivante, parallèlement à son cursus littéraire qui mènera à la licence, il s'inscrit en économie politique à la faculté de Vincennes.
[…] Il fréquentera Vincennes jusqu'à la maîtrise, tout en s'initiant, dans une atmosphère plus studieuse, au management, au marketing et à la finance sur les bancs de l'Institut français des assistants de gestion. La chance l'accompagne lorsque, en 1971, un professeur de l'Ifag le recommande pour un emploi d'analyste financier au sein du Business System Group de la CGCT, une filiale de la multinationale américaine ITT.
Soucieux d'approfondir ses connaissances, la même année, il est admis en troisième cycle à la faculté de Dauphine, où il atteindra le niveau doctorat en gestion des entreprises. À la CGCT, il planche sur la consolidation des filiales d'ITT. Jusqu'à son départ sous les drapeaux, en octobre 1973, quelques mois après son mariage avec une coordinatrice de cycle de l'IFG. Ils auront deux enfants et divorceront en 1999.
Dès son incorporation, Pierre, bien qu'hostile à l'armée, intègre l'école des officiers de réserve de Saint-Cyr-Coëtquidan. […] Mais là encore, la chance veille sur lui. Le général commandant Saint-Cyr le convoque, ainsi qu'un jeune diplômé de Sup de Co. Il leur demande d'élaborer une configuration informatique pour les deux écoles du camp. « N'étant pas informaticien, ça ne me tentait pas. L'autre m'a dit: "T'en fais pas. On va aller voir ce qu'ils font à Navale et à Polytechnique, et on se débrouillera." Effectivement, on s'en est bien sortis. Au point que, dans la foulée, le général nous a confié une étude d'organisation administrative et pédagogique. »
En 1974, libéré, Pierre revient chez ITT, où, un soir, on lui annonce qu'il doit préparer le budget d'une ligne de produits téléphoniques pour le surlendemain. II est seul. Son chef de service l'a lâché. « Pendant quarante-huit heures, jour et nuit, je n’ai pas levé la tête de mes dossiers. Ma femme me préparait des cafés. Et j'ai remis le document à la date prévue. Certes, il contenait d'inévitables erreurs dues au manque de temps, mais j'étais à l'heure. »
Une ponctualité qui lui vaut le doublement de son salaire et une promotion: la responsabilité du service des contrats de la CGCT. N'étant pas juriste, il refuse. Indépendant, il tient à garder la possibilité de dire non plutôt que de se leurrer sur ses compétences et de tergiverser en faux-semblants frustrants. En 1975, il quitte la CGCT pour le Seita (Service d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes) et une carrière qui va s’avérer brillante. D'abord, il endosse la fonction d' inspecteur administratif et financier sur le site de Châteauroux, qui emploie sept cents personnes.
En 1977, le voilà à Paris, adjoint au directeur Comptabilité et Fiscalité. II introduit la comptabilité analytique dans les soixante-quinze établissements de l'entreprise et forme cinq cents cadres à ce nouvel outil de gestion. Le Seita connaît des problèmes de trésorerie liés à sa vocation de collecteur d'impôt. Pierre invente un mécanisme qui les enraye et dégage un gain de trois cents millions de francs. « Ce coup m'a fait une énorme pub dans la maison. Résultat: on m'a proposé la direction de la Trésorerie. Seulement, on m'imposait de telles contraintes que je n'ai pas accepté. » La chance, toujours elle, le protège. Au début des années 1980, l'État ayant ouvert le Seita aux capitaux privés, ce dernier doit changer de statut.
II féminise son nom en Société d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes. Réputé pour son esprit créatif mais rigoureux, Pierre prend la direction d'un audit interne. II l'abandonnera cinq ans plus tard, une incompatibilité d'humeur polluant ses rapports avec le directeur administratif et financier. La chance ne le délaisse pas pour autant. Promu directeur du contrôle de gestion de la division Distribution, il s'attaque à l'analyse de l'ensemble des comptes.
Et, surtout, il continue à innover en dotant les douze centres régionaux de distribution de tableaux interactifs de gestion décentralisée qui accompagnent l'automatisation des commandes des buralistes. En 1990, il gravit un troisième échelon. Directeur de la diversification, il étudie des opportunités de rachat d'entreprises aux activités complémentaires de la Seita. « J'élaborais des stratégies d'acquisition dans les domaines des désodorisants, du charbon de bois propre, des allume-feux, et de l'informatique. » Cependant, bien qu'ayant accédé à des postes convoités, il ne tarde pas à éprouver le « désagréable sentiment de tourner en rond ». En octobre 1990, il démissionne, « après quinze ans et deux jours passés à la Seita ».
Énième signe de la chance: un chasseur de têtes lui téléphone. Confronté à des difficultés de gestion, l’Institut européen des affaires et de formation des cadres (INSEAD) de Fontainebleau cherche un directeur financier. Embauché en mars 1991, Pierre va cumuler les casquettes, prenant en main l'administration, les finances et la logistique de cette business school internationale: quatre cent cinquante étudiants et des professeurs mondialement réputés. En 1996, l'arrivée d'un nouveau doyen le convainc de tourner la page du campus. Il passe une année comme secrétaire général de Baker et McKenzie, un cabinet d'avocats international, et, en 1997, entre au pôle universitaire Léonard-de-Vinci, à la Défense. Après avoir développé la filière Commerce et Gestion, il crée en 2001 l'école de management dont il prend la direction. II structure les départements et les services de gestion, monte les programmes, amplifie les échanges internationaux et les liens avec les entreprises... sans que les budgets s'envolent. En 2003, le scénario de l'INSEAD se répète.
La nomination d'un nouveau doyen le pousse au départ.
Aujourd’hui, Pierre Pelle a une troisième fois réorienté sa carrière : outre ses expertises dans les domaines de l’ingénierie de formation et de l’ingénierie financière, il a repris la plume pour s’adonner à ses domaines de prédilection (la littérature et l’écriture) qu’ils combinent avec la conception, la réalisation et le développement de logiciels informatiques en partenariat avec le bureau d’études
SYMPHOTECH SOLUTIONS.
Alain Vincenot dans son livre QUINQUAS (P. 120 à 129)